DPE et canicule : votre logement est-il vraiment confortable en été ?
Le Diagnostic de performance énergétique est devenu un critère essentiel lors de la vente ou de la location d’un logement. Pourtant, une bonne étiquette DPE ne garantit pas nécessairement un logement agréable à vivre pendant une canicule.
Principalement conçu pour évaluer les consommations énergétiques et les émissions de gaz à effet de serre, le DPE reste encore imparfait pour apprécier précisément les risques de surchauffe estivale. Face à des vagues de chaleur plus fréquentes et plus longues, son évolution est désormais au cœur des discussions.
Qu’est-ce que le confort thermique en été ?
Le confort thermique correspond à la capacité d’un logement à maintenir une température supportable sans avoir recours en permanence à la climatisation.
Il dépend de nombreux facteurs :
- l’orientation du logement et de ses fenêtres ;
- la surface des baies vitrées ;
- la présence de volets, stores ou protections solaires extérieures ;
- l’isolation de la toiture et des murs ;
- l’inertie des matériaux, c’est-à-dire leur capacité à ralentir les variations de température ;
- la possibilité de créer une ventilation traversante ;
- l’exposition du logement, notamment au dernier étage ;
- l’environnement extérieur : végétation, ombrage et îlot de chaleur urbain ;
- les habitudes des occupants.
Un logement bien conçu doit limiter l’entrée de la chaleur pendant la journée, puis permettre son évacuation lorsque la température extérieure redescend.
Le DPE prend-il en compte le confort d’été ?
Oui, mais de manière encore limitée.
Le rapport contient un indicateur de confort d’été passif, généralement présenté selon trois niveaux : insuffisant, moyen ou bon. Il s’appuie sur plusieurs caractéristiques du logement, comme la présence de protections solaires extérieures, son caractère traversant ou certains éléments d’isolation.
Cet indicateur est toutefois séparé de l’étiquette énergétique principale. Un mauvais confort d’été ne dégrade donc pas directement la classe A à G du logement.
Par ailleurs, il évalue uniquement la capacité passive du bâtiment à résister à la chaleur. Les équipements de climatisation ne sont pas pris en compte dans cet indicateur, même si leur consommation conventionnelle peut être intégrée au calcul énergétique lorsqu’ils sont installés.
Pourquoi le DPE reste-t-il imparfait face aux canicules ?
L’indicateur actuel ne constitue pas une véritable simulation du comportement du logement pendant plusieurs jours de fortes chaleurs. Il ne prévoit pas précisément la température intérieure qui pourrait être atteinte lors d’une canicule réelle.
Il tient également difficilement compte de certains éléments très importants :
- l’intensité de l’îlot de chaleur autour du bâtiment ;
- l’ombrage réel apporté par les arbres ou les bâtiments voisins ;
- les apports de chaleur liés aux occupants et aux appareils électriques ;
- les pratiques d’aération ;
- l’évolution future du climat ;
- l’accumulation progressive de chaleur au cours de plusieurs nuits chaudes.
Deux logements ayant une étiquette énergétique proche peuvent ainsi présenter un confort d’été très différent. Un appartement récent, très vitré et exposé plein sud peut fortement surchauffer, tandis qu’un logement ancien avec des murs épais, des volets et une bonne ventilation nocturne peut rester plus frais.
Il faut également rappeler que l’isolation ne règle pas tout. Elle ralentit l’entrée de la chaleur, mais si celle-ci pénètre par les fenêtres ou s’accumule pendant plusieurs jours, elle peut aussi avoir des difficultés à ressortir. Une rénovation doit donc associer isolation, protections solaires et ventilation adaptée.
Une bonne classe DPE ne garantit pas l’absence de surchauffe
La lettre du DPE est déterminée par la consommation conventionnelle d’énergie primaire et par les émissions de gaz à effet de serre. Le confort d’été n’entre pas directement dans ce classement.
Il est donc possible qu’un logement classé A ou B soit inconfortable pendant une canicule. À l’inverse, un logement moins bien classé peut bénéficier d’une meilleure inertie, de petites ouvertures protégées et d’une ventilation traversante favorable.
Une question écrite publiée à l’Assemblée nationale le 7 juillet 2026 souligne justement cet angle mort. Elle demande au Gouvernement de renforcer la prise en compte du confort d’été dans le DPE et de mieux valoriser les systèmes de rafraîchissement performants. Il s’agit toutefois, à ce stade, d’une interpellation parlementaire et non d’une réforme déjà adoptée. Consulter la question parlementaire.
Comment le DPE pourrait-il évoluer ?
Le troisième Plan national d’adaptation au changement climatique, publié en 2025, prévoit explicitement d’améliorer l’indicateur de confort d’été du DPE.
L’objectif est notamment de mieux prendre en compte :
- la localisation géographique du bâtiment ;
- les conditions climatiques locales ;
- l’exposition aux températures futures ;
- la durée et l’intensité des périodes d’inconfort ;
- les recommandations de travaux lorsque le confort d’été est jugé insuffisant.
L’une des pistes étudiées serait de s’inspirer de l’indicateur en « degrés-heures » déjà utilisé par la RE2020 pour les bâtiments neufs. Cette méthode permettrait de mesurer plus finement la durée et l’intensité de l’inconfort thermique.
Le plan prévoit une actualisation de l’indicateur du DPE à l’horizon 2028. Des études doivent également mesurer le confort réel dans des bâtiments neufs, anciens, rénovés ou non, avec des conclusions annoncées pour 2028. Le futur indicateur pourrait ensuite être davantage mis en avant, éventuellement jusque dans les annonces immobilières.
Consulter la mesure 9 du PNACC.
Aujourd'hui, aucune nouvelle étiquette réglementaire liée au confort d’été n’est cependant entrée en vigueur. Les modalités précises de la future méthode restent donc à définir.
Comment protéger son logement dès aujourd’hui ?
Sans attendre une évolution du DPE, plusieurs solutions permettent de réduire la surchauffe.
Empêcher la chaleur d’entrer
La priorité consiste à arrêter le rayonnement solaire avant qu’il ne traverse les vitrages. Les volets, stores extérieurs, brise-soleil et pergolas sont généralement plus efficaces que les rideaux ou stores installés à l’intérieur.
Les fenêtres et protections doivent être fermées avant que le soleil ne frappe directement les façades.
Aérer au bon moment
Les fenêtres doivent rester fermées lorsque la température extérieure est supérieure à celle du logement. Elles peuvent ensuite être largement ouvertes la nuit et tôt le matin.
Une ventilation traversante entre deux façades est particulièrement efficace. Dans une maison à plusieurs niveaux, l’ouverture de fenêtres en partie basse et en partie haute peut favoriser l’évacuation naturelle de l’air chaud.
Utiliser un ventilateur
Un ventilateur ne diminue pas réellement la température de la pièce, mais le mouvement de l’air améliore la sensation de fraîcheur. Les brasseurs d’air de plafond sont particulièrement adaptés à un usage régulier et consomment beaucoup moins qu’un climatiseur.
Limiter les apports de chaleur intérieurs
Pendant les heures les plus chaudes, il est préférable de limiter l’utilisation du four, des plaques de cuisson, des ordinateurs puissants et des appareils électriques laissés inutilement allumés.
Réaliser des travaux adaptés
À plus long terme, les travaux peuvent porter sur :
- l’isolation de la toiture, particulièrement importante pour les logements situés sous les combles ;
- l’installation de protections solaires extérieures ;
- l’amélioration de la ventilation ;
- la création d’ombrage ou la végétalisation des abords ;
- l’emploi de matériaux apportant davantage d’inertie ;
- l’installation d’un système de rafraîchissement performant lorsque les solutions passives ne suffisent pas.
Depuis 2024, certaines protections solaires extérieures et certains brasseurs d’air peuvent être financés dans le cadre de MaPrimeRénov’ Parcours accompagné lorsqu’ils sont intégrés à une rénovation d’ampleur.
La climatisation est-elle la solution ?
La climatisation peut être nécessaire dans certains logements très exposés ou pour protéger des personnes fragiles. Elle ne devrait cependant intervenir qu’après avoir limité les apports solaires et amélioré les possibilités de ventilation.
Un appareil mobile est généralement moins efficace, plus bruyant et plus énergivore qu’un système fixe correctement dimensionné. Toute installation doit également tenir compte de sa consommation électrique, de l’entretien nécessaire, du bruit et du rejet de chaleur vers l’extérieur.
L’objectif n’est donc pas d’opposer systématiquement solutions passives et climatisation, mais de rechercher une combinaison adaptée au logement et à ses occupants.
Ce qu’il faut retenir
Le DPE comporte déjà un indicateur de confort d’été, mais celui-ci reste simplifié et n’influence pas directement la classe énergétique. Une bonne étiquette ne garantit donc pas qu’un logement restera frais pendant une canicule.
Son amélioration est prévue dans le cadre du Plan national d’adaptation au changement climatique, avec une échéance annoncée à l’horizon 2028. En attendant, la meilleure protection repose sur une combinaison de gestes quotidiens, de protections solaires, de ventilation nocturne et de travaux pensés pour le confort en hiver comme en été.
Les recommandations de l’ADEME permettent également de retrouver les principaux gestes à adopter pendant les fortes chaleurs. Consulter les conseils de l’ADEME.